🚩Trail, passion... et zone grise

Passion, discipline, échappatoire : où se situe la limite entre engagement sain et déséquilibre dans la pratique du trail ?

📬 Hello ,

Voici tes Lignes de CrĂȘte :
un concentrĂ© d’entraĂźnement, de rĂ©flexion et de science.

Cette semaine, on met des mots sur un sujet souvent évoqué entre traileurs
 mais rarement posé clairement :
👉 l’“addiction” au trail.

Effet de mode ? Diagnostic médical ?
Ou simplement un mauvais mot pour décrire un déséquilibre plus profond ?

On fait le tri.

đŸ”ș 3 idĂ©es de la semaine

1ïžâƒŁ IntensitĂ© ≠ addiction.
S’entraĂźner souvent, longtemps, avec exigence ne dĂ©finit pas une addiction.
Le point de bascule apparaßt lorsque la pratique devient rigide et difficile à ajuster, malgré des signaux négatifs répétés.

👉 Le volume est un symptĂŽme possible. Le cƓur du sujet reste la perte de contrĂŽle et l’accumulation de consĂ©quences physiques, mentales et sociales.

2ïžâƒŁ Le piĂšge du trail : c’est une “bonne” Ă©chappatoire.
Le trail bĂ©nĂ©ficie d’une image positive : santĂ©, nature, discipline, dĂ©passement de soi.
Cette valorisation peut masquer une bascule progressive entre une passion structurante et une pratique utilisée pour réguler une tension interne.

👉 La question clĂ© : est-ce que courir augmente ta liberté  ou la rĂ©duit progressivement ?

3ïžâƒŁ Le signal clĂ© : la disparition du choix.
Deux drapeaux sont Ă  surveiller chez les trailers :

  • Courir pour rĂ©guler l’humeur Ă  tout prix (stress, colĂšre, vide, anxiĂ©tĂ©) → quand c’est le seul bouton “off”.

  • Sevrage si tu t’arrĂȘtes (irritabilitĂ©, rumination, sensation de “manquer”).

👉 Le vrai indicateur n’est pas la quantitĂ© d’entraĂźnement, mais la capacitĂ© Ă  choisir — ou Ă  s’arrĂȘter — sans dĂ©sĂ©quilibre.

📚 Nos 2 meilleures inspirations

“Comment pourrait-on ĂȘtre dĂ©pendant d’une pratique largement prĂ©sentĂ©e comme saine ? Et pourtant, la bigorexie est reconnue comme trouble depuis 2011.”

L’ADN, La bigorexie, cette addiction invisible

“Dans la bigorexie, le corps devient celui qui paie la dette.”

Élise Anckaert

đŸ§Ș 1 Ă©clairage scientifique

Engagement élevé ou addiction clinique ?

Les données scientifiques montrent un point clé :
👉 les chiffres varient fortement selon les outils d’évaluation utilisĂ©s.

  • Les questionnaires larges (type EAI) identifient surtout un fort engagement.

  • Les outils plus cliniques (type EDS) rĂ©duisent fortement les taux d’addiction rĂ©elle.

Chez les sportifs d’endurance, et notamment en ultra-trail, la littĂ©rature souligne une confusion frĂ©quente entre :

  • passion obsessionnelle,

  • surinvestissement temporaire,

  • stratĂ©gies de rĂ©gulation Ă©motionnelle,

  • troubles associĂ©s (alimentation, rĂ©cupĂ©ration).

👉 Conclusion terrain :
le sujet n’est pas de coller une Ă©tiquette, mais de repĂ©rer quand la pratique devient rigide, coĂ»teuse, et pilotĂ©e par l’évitement plutĂŽt que par le choix.

🔗 RĂ©fĂ©rence : PMID 26113805

✅ Check-list, “passion saine” vs “zone à risque”

Si plusieurs items reviennent sur 2–3 semaines, un ajustement peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique :

☐ Je cours mĂȘme blessĂ©, “parce que je dois”.
☐ Je mens/minimise mon volume à mon entourage.
☐ Je suis irritable/anxieux si je ne cours pas.
☐ Je sacrifie sommeil / boulot / relations rĂ©guliĂšrement pour m’entraĂźner.
☐ Je cours surtout pour anesthésier une émotion (stress, vide, colÚre).
☐ Je ne prends plus de plaisir
 mais j’augmente quand mĂȘme.

👉 Action simple (et puissante) : remettre une marge de manƓuvre

  • 1 jour “off” planifiĂ© (vrai off)

  • 1 sĂ©ance remplacĂ©e par du portĂ© (vĂ©lo/natation/marche)

  • 1 objectif “process” (rĂ©cup, sommeil, nutrition) au mĂȘme niveau que l’entraĂźnement

🎯 Ce qu’on retient

✔ Une pratique intense reste compatible avec un Ă©quilibre sain.
✔ Le trail peut masquer certains dĂ©sĂ©quilibres car il est socialement valorisĂ©.
✔ Le critĂšre clĂ© reste la libertĂ© de choix, et non le volume.

Alors,
on respire,
on fait une pause si besoin,
et on se dit Ă  jeudi prochain,
sur la crĂȘte đŸ”ïž

— La team Trail Running Lab