🚅 Plaques carbone : révolution ou mirage pour le trail ?

Ultra-réactives sur route, rigides en montagne que valent vraiment ces chaussures sur nos sentiers ?

📬 Hello ,

Voici ton format Lignes de CrĂȘte : un condensĂ© d’entraĂźnement, de rĂ©flexion et de science.

Chaque semaine, on prend de la hauteur sur ce qui compte vraiment pour progresser durablement en trail.

Aujourd’hui, on parle d’un sujet qui secoue autant les start-lists que les discussions d’aprùs-course : les plaques carbone.

Entre promesse d’efficacitĂ© et perte de sensations, la technologie qui a bouleversĂ© le marathon arrive dans le trail. Mais est-elle vraiment adaptĂ©e ?

đŸ”ș 3 idĂ©es pour progresser

1ïžâƒŁ Sur route : la rĂ©volution est rĂ©elle mais sĂ©lective.

Les chaussures Ă  plaque carbone ont transformĂ© la performance sur route en amĂ©liorant l’économie de course (le coĂ»t Ă©nergĂ©tique pour une vitesse donnĂ©e). Il y a un gain moyen de +3,45 % d’économie de course, surtout chez les coureurs rapides (≄ 18 km/h).

En dessous de 14 km/h, les bénéfices disparaissent souvent.
Tout le monde n’y rĂ©agit pas de la mĂȘme maniĂšre :

  • 30 % des coureurs sont “rĂ©pondants positifs” (meilleure Ă©conomie de course)

  • 27 % “nĂ©gatifs” (Ă©conomie dĂ©gradĂ©e)

  • 43 % ne voient aucun effet

👉 La clĂ© : plus tu es rapide, plus tu as de chances d’en tirer profit.

2ïžâƒŁ En trail : efficacitĂ© incertaine, voire contre-productive.

Sur pente à 10 %, les chaussures à plaque carbone augmentent de 2 % la dépense énergétique.

Pourquoi ? Parce que la rigidité bloque la flexion naturelle du pied en montée :

  • Le mĂ©canisme Windlass (tension naturelle de la voĂ»te plantaire) est limitĂ©.

  • L’énergie Ă©lastique est moins bien restituĂ©e.

  • RĂ©sultat : la propulsion demande plus d’effort.

Sur terrain instable, aucune amĂ©lioration mesurable de la biomĂ©canique (angles, moments articulaires). Plusieurs coureurs indiquent une perte de proprioception et une sensation de “dĂ©connexion du sol”.

3ïžâƒŁ En pratique : choisir selon ton terrain, pas selon la mode.

  • Plaques carbone = intĂ©ressantes sur sentiers roulants, durs et rapides, type Golden Trail ou marathon de montagne.

  • Peu pertinentes, voire nuisibles, sur terrains techniques ou ultra-longues distances.

  • En montĂ©e : rigiditĂ© = coĂ»t Ă©nergĂ©tique ↑

  • En descente : stabilitĂ© et retour proprioceptif ↓

👉 Le bon choix n’est pas la chaussure la plus chĂšre, mais celle qui te permet de courir efficacement sur ton terrain d’entraĂźnement rĂ©el.

📚 1 inspiration

“Les gens oublient que c’est l’athlĂšte qui court et pas la chaussure. Ceux qui sont contre cette chaussure doivent se mettre ça dans la tĂȘte. Elles sont Ă©quitables et le succĂšs qui en dĂ©coule est uniquement dĂ» au fait que je m’entraĂźne dur. Prenez un coureur au hasard, donnez lui les chaussures et on verra s’il obtient les mĂȘmes chronos.”

Eliud Kipchoge

đŸ§Ș 1 Ă©clairage scientifique

  • Sur route, les plaques carbone rĂ©duisent le coĂ»t Ă©nergĂ©tique en amĂ©liorant la rigiditĂ© longitudinale et la restitution d’énergie Ă©lastique (📎 Rodrigo-Carranza et al., Sports Biomechanics, 2022).

  • En trail, les rĂ©sultats sont inverses : sur pente Ă  10 %, elles augmentent la dĂ©pense mĂ©tabolique de 2 % (📎 Jaboulay & Giandolini, Front Sports Biomech, 2025 (Salomon Lab)).

  • Sur terrains irrĂ©guliers, la plaque gĂȘne la flexion mĂ©tatarso-phalangienne, diminue le mĂ©canisme Windlass et altĂšre la proprioception.

  • Les effets biomĂ©caniques (angles, moments articulaires) restent minimes, mais la sensation de contrĂŽle du terrain diminue chez plus d’un coureur sur deux.

🎯 Ce qu’on retient

✔ Sur route, la plaque carbone aide les coureurs rapides.
✔ En trail, elle augmente parfois le coĂ»t Ă©nergĂ©tique et peut gĂȘner la proprioception.
✔ Les gains dĂ©pendent du profil du coureur et du terrain, pas du marketing.
✔ Le futur ? Peut-ĂȘtre des plaques hybrides, souples et segmentĂ©es, capables d’épouser le relief sans casser le lien pied-sol.

À jeudi prochain,
sur la crĂȘte đŸ”ïž

— La team Trail Running Lab